Brigitte GUILLEN

« Ma démarche artistique est une évocation de la couleur, faisant constamment appel à un vocabulaire musical, avec des gammes, des tons et des harmonies chromatiques . Cette analogie n’est nullement hasardeuse : L’ harmonie s’offre au regard à partir des couleurs et des tons , de leur accord sur la toile, mais l’idée que l’on se fait de l’harmonie est , en peinture comme en musique liés à des visions d’époques .

Mon travail se décline en lignes, traces, couleurs et formes qui en jouant sur la toile se déploient, font valoir leur différence dans l’ensemble du tableau. Je recherche les couleurs de base qui sont faites à partir de pigments et un médium à l’huile, ainsi que des matières plus épaisses comme la pâte pour l’imprimerie . Il m’arrive aussi d’utiliser l’acrylique comme base de ma préparation. J’attends que l’une d’elle me captive pour faire ma première trace, ainsi découlera la deuxième et cela jusqu’à ce que le tableau me paraisse équilibré, stable et harmonieux, les éclaboussures et les coulures sont un plus à l’expression de la couleur et laissent s’épanouir la matière. Je lâche prise et donne libre court aux émotions du jour .

Je travaille plusieurs semaines sur une toile voir plusieurs mois à plat par terre. Je construis et tisse ma toile pour capter mes émotions. J’explore, je contemple … Recherchant toujours de nouvelles sensations entre la couleur et moi, je quête un nouveau langage . L’harmonie d’une toile dépend de ces moments présents, je ne sais jamais ce que je veux peindre c’est toujours de l’ordre du ressenti et de l’énergie, mes gestes n’obéissent pas toujours au coeur, mais quand je sens une sorte d’état de grâce s’installer je sais pourquoi je suis là . La réalité physique de la couleur est définissable, mais son effet sur notre sensibilité est variable en fonction de nombreux éléments culturels et affectifs .

L’effet d’harmonie se produit quand les couleurs s’équilibrent les unes les autres. En recherchant ses nouveaux rapports de couleurs, je m’applique à inverser la place des valeurs.

Mes inspirations sont, les vieux murs, les façades de maisons, palissades, les ombres, affiches superposées, l’usure des murs et ses multicouches de peinture et de papier peint que représentent le temps passées, les émotions vécues, la nature, les fleurs, la faune.

Tous les peintres m’inspirent, en particulier Matisse ( tout est question de rapport ), Malevitch, Sonia Delaunay ( les couleurs de l’abstraction ), Kandinsky, Miró, Paul Klee, Rothko, Basquiat, Soulages, JP Pincemin, Alechinsky… et bien d’autres .

Plus qu’une simple inspiration l’art abstrait par l’ action painting et l’abstraction géométrique ou constructiviste, devient une véritable obsession esthétique. Mikel Dufrenne (1910-1995) philosophe, s’attache à décrire l’expérience esthétique vécue, comme un moyen privilégié que nous avons d’éprouver notre présence au sensible . Elle célèbre cette forme heureuse du sentir, ce haut moment de la perception où se révèle, à la limite du pensable, la connivence originaire de l’homme et du monde. Cet esthétisme de l’art abstrait devient alors une philosophie de l’image, qui peut être perçu comme absurde pour beaucoup. Albert Camus écrivait « – Si cela semble absurde , alors l’expérience est positive , c’est l’expérience de l’authenticité. ». Rester authentique à travers la peinture pour exprimer ses sensations de joie, de souffrance, de plaisir … Etre présent dans l’expérience – Etre soi.